Le yoyo, ça vous dit quelque chose?

Au Québec, plus de la moitié de la population présente un excès de poids. Bien que ce dernier représente un risque réel pour la santé, le plus alarmant concerne la poursuite d’un objectif de minceur à tout prix. Voici comment les diètes à répétition peuvent nuire plutôt qu’améliorer notre santé.

À quel âge avez-vous tenté votre première diète? Aviez-vous réellement un surplus de poids?

Selon des données publiées en 1998 :

  • près de 50 % des femmes de poids normal souhaitent maigrir;
  • 70 % des adolescentes font des efforts répétés pour maigrir ou contrôler leur poids;
  • le tiers des petites filles de 9 ans ont déjà tenté de perdre du poids.

Le cercle vicieux des diètes amaigrissantes

 

Source : Équilibre, groupe d’action sur le poids (www. equilibre.org)

Les diètes amaigrissantes peuvent nous faire prendre du poids. Voici l’histoire de l’une d’entre nous :

Nicole, 23 ans, mesurant 5′ 3” et pesant 115 lb, a un IMC de 20,5 (poids santé).

  1. À 115 lb, 25 % de son poids est sous forme de masse grasse. Sa composition corporelle est normale : 29 lb de gras (25 %) et 86 lb de masse maigre (muscle, os et eau).
  2. Nicole consomme environ 50 cal/jour de trop par rapport à ses besoins. Au bout de 4 ans, elle a gagné 20 lb.
  3. À 135 lb, 34 % de son poids est sous forme de masse grasse. Elle désire maigrir rapidement pour un voyage (maillot de bain), elle suit une diète de 650 cal/jour. Huit semaines plus tard, elle atteint son objectif, soit 115 lb. Mais attention, cette fois-ci avec 31 % de masse grasse.
  4. À 115 lb, 31 % de son poids est sous forme de masse grasse. Malheureusement, elle n’a pas modifié ses habitudes de vie. Elle reprend donc les 20 lb éliminées et son % de gras s’accroît encore. 135 lb / 38 % de masse grasse.
  5. Après 3 ans et plusieurs diètes, elle pèse à nouveau 115 lb, mais sa composition a changé : 40 lb de gras (40 %) et 69 lb de masse maigre.

Malheureusement, la masse maigre perdue au cours des nombreuses diètes miracles entraîne une réduction du métabolisme de base. Effectivement, nos muscles sont un peu comme la fournaise de notre corps et brûlent des calories mêmes au repos. Le corps de Nicole nécessite maintenant moins de calories pour fonctionner. Ainsi, si elle mange comme avant, elle gagnera 10 lb par année à cause des changements qui se sont opérés dans sa composition corporelle.

Reprendre contact avec son corps

Notre organisme est le mieux placé pour connaître et nous transmettre ses besoins. Les signaux internes de la faim et de la satiété représentent les moyens que notre organisme utilise pour communiquer ses besoins. En respectant ces messages, nous favorisons la régulation naturelle de notre poids. En bref, nous n’avons plus faim… cessons de manger (même s’il reste de la nourriture dans notre assiette); nous avons faim… mangeons. Très simple comme principe, mais combien difficile à respecter.

À la fin d’un repas, on ne devrait jamais se sentir trop rempli. L’objectif est de sortir de table encore très confortable. Lorsque l’on se sent plein, c’est qu’on a dépassé les besoins de notre organisme et à ce moment, notre corps fait du stockage que ce soit avec des bébés carottes, des biscuits ou des croustilles. Les vrais signaux de la satiété sont : désintéressement pour la nourriture (les bouchées sont moins bonnes que les premières), sentiment de bien-être sans se sentir comblé (il reste encore un peu de place dans mon estomac).

La même chose, si nous avons une vraie faim et que nous ne répondons pas aux signaux de notre organisme, notre corps passe en mode « stockage de gras » (ralentissement du métabolisme, irritabilité, obsession pour la nourriture, épisode boulimique, etc.) et à ce moment, on travaille dans le vide. En écoutant notre régulateur de gras, ce dernier se sentira en sécurité et passera plutôt en mode «  je-suis-rassasié-je-peux-brûler-l’excédent-de-mes-surplus ».

Outre les gargouillements d’estomac, voici d’autres signaux qui peuvent signaler une  faim : baisse d’énergie, fatigue, difficulté à se concentrer, irritabilité, tremblements, nervosité, étourdissements, maux de tête. Toutefois, il est important de ne pas attendre de ressentir tous ces malaises, car c’est à ce moment que le corps passe en mode stockage.

D’autres pistes à explorer

Bien que de mauvaises habitudes alimentaires et la sédentarité soient les principaux facteurs qui favorisent le gain de poids, selon le cas, d’autres phénomènes sont à prendre en considération.

Facteurs biologiques :

  • Âge
  • Sexe
  • Métabolisme
  • Maladies
  • Médicaments
  • Pollution

Facteurs individuels :

  • Estime de soi
  • Image corporelle
  • Stress et anxiété
  • Manque de sommeil

Facteurs liés à l’héritage familial :

  • Héritage culturel familial entourant l’alimentation et l’activité physique
  • Préoccupation excessive à l’égard du poids
  • Bagage génétique

Facteurs socio-environnementaux :

  • Abondance et accessibilité d’aliments camelotes riches en calories
  • Publicité (aliments camelotes, régimes et produits amaigrissants)
  • Aménagement urbain défavorable à l’activité physique
  • Rythme de vie stressant et difficulté de concilier travail-famille
  • Culte de la minceur

En somme, un surplus de poids est un problème dans la mesure où ses inconvénients surpassent ses agréments. Enfin, une stratégie efficace pour arriver à atteindre et à MAINTENIR un poids optimal, est de travailler GRADUELLEMENT l’ensemble de nos habitudes de vie (alimentation, activités physiques, sommeil, élimination ou gestion des facteurs de stress, etc.) particulièrement celles qui sont sous-jacentes à notre gain de poids. Une formule gagnante pour arriver à modifier notre quotidien vers des habitudes plus santé est de focaliser sur le plaisir. Voici quelques suggestions :

  • Prenez le temps de faire des tests de dégustations pour découvrir des aliments qui plaisent autant à vos papilles qu’à votre santé. Manger bon et bien, c’est possible!
  • Aux repas et aux collations, prenez le temps de vous asseoir sans autre distraction afin d’être plus réceptif à vos signaux internes qui vous indiquent que vous êtes rassasiés. Plutôt que de manger pour remplir un vide intérieur, apprenez à le combler par d’autres moyens et découvrez le plaisir de savourer la nourriture.
  • Pour alléger un fardeau qui vous pèse, parlez à une personne de confiance afin de libérer des émotions refoulées. Il est possible de soulager nos tensions en pleurant, tout aussi bien qu’en riant; ce n’est pas un signe de faiblesse, et cela peut procurer une très grande sérénité par la suite.
  • Pour vous faire plaisir et favoriser la détente, prenez un bain chaud, faites-vous donner un massage, lisez un bon livre, faites une balade en plein air. Prenez des moments pour vous, vous le méritez!
  • Pour évacuer le stress, marchez, nagez, joggez et parlez-vous intérieurement en vous concentrant sur des idées et des affirmations positives.

Je vous souhaite beaucoup de plaisir dans votre démarche!

Références consultées en août 2009

  • Équilibre. Groupe d’action sur le poids. Notes de formations (L’acte alimentaire et Intervenir sans nuire) et site Web (www.equilibre.ca)
  • Caroline Gosselin, PH. D. Maigrir pour la vie, Les éditions G.G.C., Québec, 2001

Véronique Therrien
Nutritionniste