Les probiotiques

Assurément intéressants, mais encore beaucoup de ???
Les 26 et 27 octobre derniers, se tenait un symposium sur les probiotiques à Montréal. Est-ce une nouvelle mode ou les probiotiques possèdent de réels bénéfices sur notre santé? Devrais-je en consommer? Quel type? Dans quelles situations? Pour répondre à vos interrogations sur le sujet, voici un portrait global de la situation.
Avant d’aborder précisément la définition, le rôle et l’utilisation des probiotiques, il convient de rappeler les propriétés étonnantes de notre intestin. En fait, celui-ci représente la première barrière de défense de notre organisme et c’est en quelque sorte la qualité de sa flore qui en détermine son niveau d’efficacité. Effectivement, cette microflore aide non seulement à digérer les aliments, mais nous protège aussi contre divers problèmes de santé. En réalité, notre intestin est semblable à une extraordinaire usine chimique regroupant les ¾ de nos cellules immunitaires et hébergeant pas moins de 100 000 milliards de bactéries provenant d’approximativement 400 espèces différentes. Certains spécialistes le qualifient « d’usine intelligente », car pour son propre équilibre et notre santé, il doit sans cesse distinguer ses propres bactéries (bénéfiques), des bactéries pathogènes à supprimer. Chacun possède une flore intestinale différente influencée par son environnement, son âge, son alimentation, son état de santé et les médicaments qui lui sont administrés. Bien qu’essentielle, la prise d’antibiotiques constitue une agression virulente pour l’équilibre de notre flore intestinale.
Définitions
Les probiotiques sont des microorganismes (bonnes bactéries et/ou levures) vivants qui, lorsqu’administrés en quantités adéquates (au moins 10 à 100 millions par gramme ou millilitre), confèrent un ou des bénéfices « santé ». Leur présence permet notamment de contrer la prolifération des microorganismes nuisibles (autant au niveau de la flore intestinale que vaginale), mais ils contribuent également à la digestion des aliments. Pour être efficaces, ces bactéries ou levures doivent résister ou demeurer vivantes jusqu’à leur lieu d’action. Un très petit nombre de bactéries survivent au milieu acide de l’estomac.
En plus des capsules entérosolubles (idéalement celles réfrigérées) et des yogourts thérapeutiques vendus en pharmacie, qui valent leur pesant d’or en raison de leur concentration beaucoup plus importante, les produits laitiers fermentés comme le yogourt ou le kéfir constituent les principaux véhicules pour les probiotiques. Toutefois, les fromages devraient bientôt être de la partie. La levure de bière active ou « vivante » (levure de bière boulardii séchée à froid), et non la levure de bière ordinaire séchée à haute température, est également considérée comme un probiotique.
Souches de bactéries résistantes les plus fréquemment utilisées :
  • Bifidus ou bifidobactéries ;
  • Lactobacillus casei ou L. casei ;
  • Lactobacillus acidophilus ou L. acidophilus
À noter :
  • Le nombre de bactéries vivantes diminue avec le temps. Il faut donc privilégier les produits les plus frais possible;
  • Les probiotiques ne demeurent actifs qu’un certain temps dans notre intestin. Il faut donc en consommer régulièrement pour profiter de leurs effets bénéfiques.
Rôles et utilisation
D’une part, il faut être conscient que les probiotiques ne sont pas des médicaments, mais bien des suppléments alimentaires. Ils ont donc un rôle de prévention ou de traitement (atténuation) des symptômes plutôt que de guérison. Dans certaines affections intestinales, on a aussi constaté des phases de rémission plus longues.
Mais attention, dans plusieurs des études démontrant des effets bénéfiques, les espèces, les mélanges ou les concentrations de probiotiques spécifiquement utilisés ne correspondent pas nécessairement à ce qui est offert sur nos tablettes. De plus, il est maintenant entendu que chaque type de bactérie possède des caractéristiques propres, et donc que chacune ne peut avoir les mêmes effets spécifiques sur notre organisme. Ainsi, bien que nous soyons assurés de leur intérêt sur notre santé, plusieurs questions restent à élucider. Quelle souche privilégier pour tel ou tel problème de santé? De même, il demeure encore beaucoup d’incertitudes en ce qui a trait à la posologie (dose, rythme, durée). Enfin, comme les bactéries vivantes sont fragiles, l’étiquetage et les mesures d’assurance de la qualité doivent faire l’objet d’améliorations et de contrôle rigoureux.
Les principaux bénéfices santé seraient :
  1. Meilleure digestion de certains nutriments (comme le lactose);
  2. Meilleure assimilation de certains minéraux;
  3. Meilleure protection contre les toxi-infections alimentaires;
  4. Modulation de la réponse immunitaire. Effectivement, quelques études démontrent une réduction de certaines réactions allergiques, principalement cutanées (eczéma) chez les enfants. On avance même que dans certaines conditions la consommation de probiotiques, dès la grossesse, pourrait contribuer à prévenir l’apparition d’allergies chez les enfants à risques.
Ainsi, leur usage est surtout recommandé :
  1. Pour prévenir ou aider au traitement de la diarrhée infectieuse (en complément de la réhydratation), de la diarrhée causée par un traitement aux antibiotiques, de la diarrhée causée par une radiothérapie de l’abdomen ou de la région pelvienne ou de la diarrhée des voyageurs;
  2. Pour prévenir les infections gastro-intestinales nosocomiales (infection contractée lors d’un séjour à l’hôpital);
  3. Pour prévenir les rechutes de colite ulcéreuse, la récidive en cas de pouchite ou aider à soulager les symptômes du syndrome de l’intestin irritable;
  4. Pour prévenir l’eczéma atopique chez les enfants à risque;
  5. Pour stimuler le système immunitaire en compensation de notre faible apport en bactéries vivantes (aliments cuits, pasteurisés, stérilisés);
  6. Pendant les périodes de prise d’antibiotique ou lors de diverses situations de stress afin de compenser le déséquilibre engendré par ces phénomènes. C’est effectivement à cet instant que les bactéries pathogènes profitent de la diminution temporaire d’une partie de la flore pour occuper un plus vaste territoire et produire leurs toxines.
Puisque nous n’en sommes encore qu’à l’aube des recherches sur le rôle de la microflore intestinale, plusieurs autres surprises nous attendent certainement. Par exemple, sachant que certaines bactéries pathogènes peuvent produire diverses neurotoxines (substance toxique pour les neurones), on travaille actuellement sur des hypothèses entourant des troubles du système nerveux, dont certaines formes d’autisme et de démence sénile. D’autres travaux portent sur certains cancers (notamment celui du côlon), de même que sur l’obésité. Effectivement, à la suite de résultats intrigants sur la masse graisseuse observés au cours de travaux sur des souris axéniques (sans flore intestinale), il n’est désormais pas impensable que des modulations de la flore intestinale puissent exercer un effet sur le poids.
Comme pour les fibres, on y va progressivement
Chez certaines personnes, les probiotiques (particulièrement la levure de bière vivante) peuvent temporairement occasionner des ballonnements et des flatulences. Ainsi, afin de laisser le temps à l’organisme de s’adapter, il est préférable de commencer par prendre de petites doses et d’augmenter progressivement.

Qui ne devrait pas prendre de probiotiques?

Les gens dont le système immunitaire est très affaibli.
Qui devrait prendre des probiotiques?

Pas nécessaire :

Si vous avez une saine hygiène de vie et que vous ne prenez pas d’antibiotique, les probiotiques ne sont pas une nécessité.

Intéressant :

Si vous avez une intolérance au lactose ou des inconforts digestifs (diarrhée, constipation, ballonnements, flatulences) liés à une maladie intestinale, la prise régulière d’un probiotique pourrait être bénéfique pour vous.

Si vous devez prendre des antibiotiques et que vous partez en voyage ou devez vous rendre à l’hôpital ou dans une clinique médicale, il pourrait être avantageux de consommer temporairement des probiotiques pendant ces périodes.
Notes importantes :
  • Conserver vos probiotiques au réfrigérateur;
  • Prendre le supplément avant le repas;
  • En phase d’antibiotique, consommer le probiotique entre les doses, soit environ 2 h avant ou après la médication.
À votre santé!

Véronique Therrien
Diététiste-nutritionniste
Minçavi inc.

Références
  • Nutrition, science en évolution. Volume 2, numéro 2, automne 2004, p. 18-19.
  • Extenso. Centre de référence sur la nutrition humaine (consulté le 7 novembre 2006). www.extenso.org
  • Passeport santé.net. La santé sans frontières. (consulté le 7 novembre 2006). www.passeportsante.com